-PREAMBULE
Le Myélome Multiple des os ou maladie de Kahler est une hémopathie maligne
caractérisée par le développement d'un clone de plasmocytes tumoraux envahissant la
moelle hématopoïétique. Le Myélome Multiple représente 1 % de l'ensemble des cancers et 10 % des
hémopathies malignes. En France, le nombre de nouveaux cas par an se situe entre 3 000 et
3 500. L'incidence s'accroît avec l'âge et l'âge moyen au diagnostic est d'environ 65 ans. Le
myélome n'existe pas chez l'enfant. Le Myélome Multiple peut être précédé d'un état « prémyélomateux »
nommé dysglobulinémie (ou gammapathie) monoclonale d'origine indéterminée (ou
d'apparence bénigne) ou MGUS (Monoclonal Gammopathy of Undetermined Significance).
Les causes du Myélome Multiple sont inconnues.
I DIAGNOSTIC POSITIF
Dans la forme habituelle, le Myélome Multiple associe infiltration plasmocytaire
médullaire, présence d'une immunoglobuline monoclonale dans le sérum et/ou les urines,
et atteinte osseuse.
I.1 SIGNES CLINIQUES
● Le diagnostic de Myélome Multiple est évoqué de plus en plus souvent (au moins 20 % des cas) chez un
patient asymptomatique , par exemple lors d'un bilan de santé, de l'exploration d'une
augmentation de la Vitesse de Sédimentation ou suite à une Électrophorèse des
Protéines Sériques (EPS) anormale.
● Lorsque le Myélome Multiple est symptomatique , c'est souvent l'altération de l'état général et les
douleurs osseuses qui dominent le tableau clinique. Les douleurs osseuses sont
présentes au diagnostic chez 70 % des patients et intéressent habituellement le squelette
axial (rachis, côtes, bassin). Elles nécessitent volontiers le recours aux antalgiques
majeurs et retentissent sur les capacités fonctionnelles des patients. Les fractures
pathologiques (dites aussi spontanées) sont fréquentes. Les tuméfactions osseuses
(plasmocytomes) sont possibles.
● L'anémie peut être révélatrice.
● Les complications peuvent être inaugurales , en particulier l'insuffisance rénale,
l'hypercalcémie, les complications osseuses ou infectieuses, plus rarement une
compression médullaire ou un syndrome d'hyperviscosité.
● Le Myélome Multiple n'est pas, en dehors de sa phase terminale, une maladie fébrile.
● Habituellement, il n'existe pas de tuméfactions des organes hématopoïétiques.
I.2 SIGNES BIOLOGIQUES
● La vitesse de sédimentation est souvent très augmentée (> 100 mm). Hors contexte infectieux ou
inflammatoire avéré, elle doit faire évoquer le diagnostic de Myélome Multiple et faire compléter le
bilan en ce sens. Parfois, la vitesse de sédimentation est peu augmentée, voire normale ; c'est le cas dans les
Myélome Multiple à chaînes légères, non-excrétants, ou lorsque la protéine monoclonale précipite à
basse température (cryoglobuline). La mesure itérative de la vitesse de sédimentation dans le suivi des
patients n'a pas de réel intérêt.
● L'hémogramme peut être normal. L'anomalie la plus fréquente est une anémie
normochrome, normocytaire, arégénérative. Des rouleaux érythrocytaires sont
observés sur le frottis. De multiples mécanismes peuvent expliquer l'anémie : la
prolifération plasmocytaire médullaire, l'insuffisance rénale, un déficit relatif en
érythropoïétine, une suppression de l'érythropoïèse médiée par les cytokines, un
phénomène d'hémodilution, et ultérieurement les traitements administrés. La
leucopénie et la thrombopénie sont rares et de mauvais pronostic, reflétant une
masse tumorale importante. Au cours de l'évolution, l'insuffisance médullaire peut
s'installer jusqu'à une pancytopénie franche, résultat de l'augmentation de la masse
tumorale et aggravée par les chimiothérapies reçues. Il est exceptionnel d'observer,
au diagnostic, des plasmocytes circulants.
● Anomalies protéiques. La protidémie totale est souvent élevée, du fait de l'existence
d'une immunoglobuline monoclonale. La réalisation d'une électrophorèse et d'une
immunofixation (ou d'une immunoélectrophorèse) des protéines sériques et
urinaires (EPU) est indispensable. Dans 80 % des cas, l'EPS mettra en évidence un pic
étroit correspondant à une protéine monoclonale de type IgG ou IgA migrant dans la
zone des gammaglobulines, des bêta-globulines, plus rarement des alpha-2-
globulines (Figure 1).
Figure 1 : Électrophorèse des protéines sériques
Parfois, il n'existe pas d'aspect de pic étroit à l'EPS. Cette situation correspond surtout au
MM à chaînes légères où l'anomalie sérique usuelle est une hypogammaglobulinémie,
souvent sévère. Rarement, l'absence de pic étroit sur l'EPS correspondra à un Myélome Multiple nonexcrétant
ou non-sécrétant. L'EPS pourra être complétée par le dosage pondéral des
immunoglobulines qui retrouvera l'augmentation de l'immunoglobuline monoclonale et
souvent l'effondrement des autres classes d'immunoglobulines (par exemple,
l'effondrement des IgA et des IgM dans un Myélome Multiple d'isotype IgG).
L'immunofixation ou l'immunoélectrophorèse des protéines sériques permettra de typer la
protéine monoclonale, pour sa chaîne lourde et sa chaîne légère. Environ 55 % des Myélome Multiple sont
d'isotype IgG, 25 % d'isotype IgA, 15 % sont de type urinaire pur (à chaînes légères) et les 5
% restants sont constitués de variants rares. Concernant les chaînes légères, le type kappa
(κ) est deux fois plus fréquent que le type lambda (λ). De la même façon seront réalisées une
électrophorèse et une immunofixation (ou une immunoélectrophorèse) des protéines
urinaires. Dans 90 % des cas, elle mettra en évidence une protéinurie à chaînes légères
dénommée protéinurie de Bence Jones et l'immunofixation en précisera le type, kappa (κ)
ou lambda (λ).
Le dosage des chaînes légères libres du sérum, examen récent, est utile dans la prise en
charge des MYÉLOME MULTIPLE non ou peu excrétant et des MYÉLOME MULTIPLE à chaînes légères.
Les EPS et EPU sont des éléments très importants du suivi thérapeutique. Il est en revanche
inutile de multiplier les immunofixations, l'isotype de la protéine monoclonale ne se
modifiant pas au cours de l'évolution.
● Le myélogramme est nécessaire pour établir le diagnostic. Il met en évidence une
infiltration plasmocytaire qui représente plus de 10 % des éléments nucléés. Des
anomalies morphologiques des plasmocytes peuvent être observées mais elles ne
sont pas indispensables au diagnostic .
Myélogramme
Les plasmocytes sont aisément reconnaissables par leur cytoplasme très basophile et leur noyau ovalaire et
excentré dans la cellule. On note ici une certaine hétérogénéité de taille ; le plasmocyte au centre présente une
chromatine fine et un nucléole. L'infiltration plasmocytaire médullaire est souvent partielle (persistance de
cellules de la lignée granulocytaire).
Le myélogramme permet l'analyse cytogénétique de la moelle osseuse qui fournit
d'importantes informations pronostiques. La biopsie ostéo-médullaire est nécessaire si le
myélogramme n'est pas contributif.
● Autres éléments biologiques du bilan initial
Ils ont pour but :
● de rechercher une complication : état de la fonction rénale par dosage de la
créatinine sérique, dosage de la calcémie pour dépister l'hypercalcémie. Ces deux
paramètres seront très régulièrement réévalués dans le suivi des patients.
● d'apprécier le pronostic .
Tableau 1 : Principaux facteurs de mauvais pronostic
Liés à l'hôte Âge élevé
Liés à la tumeur
Masse tumorale
β2m sérique élevée
Hémoglobine basse/Thrombopénie
Calcémie élevée
Lésions lytiques étendues
Créatinine sérique élevée
Plasmocytose médullaire élevée
Malignité intrinsèque
Anomalies chromosomiques**
(t(4;14), del(17p), -13/13q-, hypodiploïdie)
Albumine sérique basse
CRP élevée
LDH élevée
Cytologie plasmoblastique**
Traitement Chimiorésistance
** Analyses réservées à des laboratoires très spécialisés.
En pratique courante, il s'agit des dosages de la bêta-2-microglobuline sérique (β2m), de la
C-Réactive Protéine (CRP) et de la LacticoDésHydrogénase (LDH). Il faut y ajouter le
dosage de l'albumine sérique, en fait rendu avec l'EPS.
De façon rare sont observés des troubles d'hémostase avec manifestations hémorragiques
(syndrome d'hyperviscosité générant une thrombopathie fonctionnelle, exceptionnellement
des troubles de coagulation).
I.3 SIGNES RADIOLOGIQUES
I.3.1 Techniques radiologiques
Tout patient suspect de Myélome Multiple doit avoir un bilan radiologique osseux, la radiologie
conventionnelle restant la référence. Le bilan comprend des clichés du crâne, rachis
complet, bassin, thorax et grils costaux, humérus et fémurs. Une douleur osseuse brutale
justifiera à tout moment la réalisation d'une nouvelle radiographie sur le site douloureux. Il
n'est pas indiqué d'effectuer de scintigraphie osseuse. En revanche, l'Imagerie en Résonance
Magnétique nucléaire (IRM) peut être utile. La plupart des équipes la réservent à deux
situations :
● l'expertise des Myélome Multiple à faible masse tumorale où il n'existe pas de lésions osseuses en
radiologie conventionnelle ;
● le diagnostic des complications ostéo-neurologiques, compressions médullaires ou
radiculaires.
L'IRM précise au mieux l'état du mur postérieur de la vertèbre, l'existence d'une épidurite,
l'état du cordon médullaire… Moins fréquemment, il peut exister une indication d'examen
tomodensitométrique osseux. Le bilan radiologique osseux sera répété lors du suivi,
généralement à un rythme annuel.
I.3.2 Aspect des lésions
Les signes radiologiques essentiels sont l'ostéoporose (ostéopénie), les lésions ostéolytiques
(géodes ou lacunes) et les fractures. Ces anomalies sont souvent associées mais il est des cas
où l'ostéoporose seule existe, difficile à différencier d'une ostéoporose commune. 10 à 20 %
des patients n'ont pas de lésions osseuses en radiologie standard. Chez ces patients, l'IRM
mettra en évidence des lésions myélomateuses dans 50 % des cas, définissant un groupe de
patients dont la progression se fera plus rapidement vers un stade plus avancé. Certains
patients présentent des lésions osseuses radiologiques qui sont cliniquement
asymptomatiques.
L'ostéolyse peut toucher tout le squelette mais prédomine là où l'hématopoïèse est plus
active, notamment le rachis, les côtes, le sternum, le crâne et les extrémités proximales des
fémurs et humérus. Au rachis, l'aspect est volontiers celui d'un tassement en galette. Sur les
os longs, courts et plats, on retrouve, avec ou sans fracture, les géodes dites à l'emportepièce
(c'est-à-dire sans liseré de condensation périphérique).
D'une façon plus générale, l'étendue des lésions osseuses est un facteur pronostique, pris en
compte dans la classification pronostique de Durie et Salmon. La reminéralisation sous
traitement des lésions osseuses spécifiques est très rare, y compris chez les patients
répondeurs au traitement.
Lésions ostéolytiques à l'emporte-pièce de taille et de forme sensiblement identiques. Érosion endostée de la
corticale par l'une des lésions ostéolytiques au fémur.
Lésions ostéolytiques à l'emporte-pièce de taille et de forme sensiblement identiques. Érosion endostée de la
corticale par l'une des lésions ostéolytiques au fémur.
Plasmocytome avec l'aspect caractéristique d'évidement vertébral contrastant avec la préservation intralésionnelle
de travées osseuses et l'épaississement cortical de la face antérolatérale du corps vertébral.
Plasmocytome avec l'aspect caractéristique d'évidement vertébral contrastant avec la préservation intralésionnelle
de travées osseuses et l'épaississement cortical de la face antérolatérale du corps vertébral.
Plasmocytome avec l'aspect caractéristique d'évidement vertébral contrastant avec la préservation intralésionnelle
de travées osseuses et l'épaississement cortical de la face antérolatérale du corps vertébral.
I.4 FORMES CLINIQUES
I.4.1 Plasmocytomes solitaires
Il est recommandé de ne retenir dans ce cadre que les patients présentant une lésion
ostéolytique plasmocytaire avec l'absence d'infiltration plasmocytaire médullaire en dehors
de ce site, des radiographies osseuses et une IRM normale en dehors de l'unique lésion
lytique et l'absence ou un taux faible de protéine monoclonale sérique et/ou urinaire, sans
effondrement des autres classes d'immunoglobulines. Considérant ces critères, cette forme
clinique tend aujourd'hui à devenir de plus en plus rare. La radiothérapie localisée est le
traitement de choix, venant souvent compléter une exérèse chirurgicale plus ou moins
complète. L'évolution se fera souvent vers l'apparition de nouvelles lésions lytiques ou un
authentique Myélome Multiple, dans un délai de 3 à 5 ans, avec une médiane de survie d'environ 10 ans.
Il existe aussi des plasmocytes solitaires extra-osseux, souvent développées au niveau des
voies respiratoires ou digestives supérieures (nasopharynx, sinus). Leur traitement repose
aussi sur la radiothérapie localisée mais le pronostic est meilleur du fait d'une moindre
tendance à la dissémination.
I.4.2 Formes selon l'immunoglobuline monoclonale
Le Myélome Multiple à chaînes légères isolées se complique volontiers d'insuffisance rénale. Les Myélome Multiple IgD
(2 % des cas) sont presque toujours de type lambda (λ), avec insuffisance rénale,
hypercalcémie et amylose, de mauvais pronostic. Il existe aussi des Myélome Multiple non-excrétants (2 %
des cas), biclonaux, d'exceptionnels Myélome Multiple IgM ou IgE et des Myélome Multiple où la protéine monoclonale
précipite à basse température (cryoglobuline).
I.4.3 Myélomes ostéocondensants
Ces très rares Myélome Multiple s'associent à une polyneuropathie dans 30 à 50 % des cas, alors que celleci
est rare (3 %) dans la forme habituelle du Myélome Multiple. Cette polyneuropathie, sensitivomotrice,
diffuse et progressive, s'intègre parfois dans le cadre plus général d'un syndrome POEMS
(P = Polyneuropathy : polyneuropathie périphérique ; O = Organomegaly : organomégalie ;
E = Endocrinopathy : endocrinopathie ; M = Monoclonal protein : dysglobulinémie
monoclonale ; S = Skin changes : anomalies cutanées).
I.4.4 Myélomes asymptomatiques
Ils sont dits aussi indolents, à faible masse tumorale ou au stade I de la classification
pronostique de Durie et Salmon (ces termes désignent des entités proches sinon identiques).
Ils évolueront vers des formes symptomatiques et lytiques, avec des temps jusqu'à
progression variables, parfois de plusieurs années.
I.4.5 Leucémie à plasmocytes
La présentation clinique est proche de celle d'une leucémie aiguë avec anémie et
thrombopénie sévères, plasmocytose sanguine supérieure à 2x109/L, hépatosplénomégalie
et fièvre. Le pronostic reste dramatique malgré les traitements actuels.
II DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
● Le diagnostic de MYÉLOME MULTIPLE est en règle facile à établir.
● Parfois, les lésions osseuses feront discuter une ostéoporose commune sévère ou un
cancer secondaire des os mais le myélogramme et l'étude du sérum et des urines
établiront le diagnostic. La maladie de Waldenström (composant monoclonal IgM),
les exceptionnelles maladies des chaînes lourdes, l'amylose primitive et la maladie
des dépôts de chaînes légères ne posent pas de problème diagnostic. Il en est de
même des immunoglobulines monoclonales associées aux lymphomes malins nonhodgkiniens,
à la Leucémie Lymphoïde Chronique (LLC), aux déficits immunitaires
ou rencontrées de façon transitoire au décours d'épisodes infectieux ou de
vaccinations.
● Le problème de diagnostic différentiel réel se situe entre les dysglobulinémies
monoclonales de signification indéterminée (MGUS) et les Myélome Multiple à faible masse
tumorale. Aucun moyen simple ne permet à ce jour de certifier le caractère bénin
d'une dysglobulinémie monoclonale. Seule l'évolution permettra de trancher,
l'expansion plasmocytaire médullaire et l'élévation de la protéine monoclonale, a
fortiori l'apparition de lésions ostéolytiques et de signes cliniques signant le
diagnostic de Myélome Multiple. En pratique, certains éléments simples ont valeur d'orientation.
Les MGUS ont un taux d'immunoglobuline monoclonale plutôt faible (inférieur à 20
g/L pour l'IgG, à 10 g/L pour l'IgA), une protéinurie de Bence Jones nulle ou faible
(inférieure à 300 mg/24h), une plasmocytose médullaire faible (inférieure à 10 %)
faite de plasmocytes non-dystrophiques. Bien entendu, il n'existe ni douleurs
osseuses ni lésions ostéolytiques et le patient ne présente ni anémie, ni insuffisance
rénale ou hypercalcémie (sauf à considérer que ces anomalies aient une autre
étiologie).
III FACTEURS PRONOSTIQUES
Les principaux facteurs de mauvais pronostic sont rapportés dans le Tableau 1. Une β2m
sérique élevée, des anomalies chromosomiques des plasmocytes malins, notamment les
translocations t(4 ;14) et la délétion 17p, une albumine sérique basse, constituent les facteurs
pronostiques essentiels. Les divers facteurs pronostiques se retrouvent, en partie, dans la
classification historique de Durie et Salmon (Durie BG, Salmon SE, A clinical stagigng
system for multiple myeloma. et plus récemment,
dans l'index pronostique international (Greipp PR et al. International staging system for
multiple myeloma.
Index pronostique international
Stade I :
β2m < 3,5 mg/L et albumine > ou = 35 g/L
Stade II :
β2m < 3,5 mg/L et albumine < 35 g/L ou β2m > ou = 3,5 mg/L et < 5,5
mg/L
Stade III :
β2m > ou = 5,5 mg/L
La survie médiane dans les stades I, II et III est respectivement de 62, 44 et 29 mois.
IV ÉNONCER LES PRINCIPALES COMPLICATIONS DU MYÉLOME
MULTIPLE
● Les complications osseuses, fractures pathologiques, compressions radiculaires ou
médullaires et l'hypercalcémie sont fréquentes.
● 50 % des patients développeront une insuffisance rénale au cours de leur maladie.
L'insuffisance rénale est surtout le fait d'une tubulopathie liée à la toxicité des
chaînes légères d'immunoglobulines.
● Les infections sont la première cause de décès des patients atteints de MYÉLOME MULTIPLE. Elles
sont favorisées par le déficit des classes normales d'immunoglobulines et leur risque
est majoré par la chimiothérapie (phases de neutropénie). Les infections les plus
redoutables sont les pneumopathies (également favorisées par les fractures costales
et les tassements vertébraux, responsables d'une insuffisance respiratoire restrictive)
et les septicémies. Tous les germes peuvent être en cause, avec une prédominance
des cocci gram positif (pneumocoques) et des Bacille Gram Négatif (BGN)
(infections favorisées par la chimiothérapie).
● Le syndrome d'hyperviscosité est rare dans le MYÉLOME MULTIPLE.
● L'amylose s'observe dans 5 à 15 % des MYÉLOME MULTIPLE avec des manifestations neurologiques
(neuropathie périphérique), rénales, cardiaques et synoviales (syndrome du canal
carpien).
● Les syndromes myélodysplasiques secondaires sont rares (2 à 3 % des cas), favorisés
par l'usage prolongé des alkylants.
V ÉNONCER LES PRINCIPES DU TRAITEMENT
V.1 TRAITEMENT ANTITUMORAL
V.1.1 Patients concernés
Il est admis que les MYÉLOME MULTIPLE asymptomatiques, à faible tumorale (stade I de Durie et Salmon),
ne justifient pas la mise en route immédiate d'une chimiothérapie. Ces patients feront l'objet
d'une surveillance clinique et biologique attentive, la chimiothérapie devenant indiquée en
cas d'évolutivité vers un Myélome Multiple symptomatique (stade II ou III de Durie et Salmon). Les Myélome Multiple
symptomatiques, habituellement stades II ou III de Durie et Salmon, justifient d'emblée la
prescription d'une chimiothérapie. L'âge très avancé ne doit pas être en soi un motif
d'abstention thérapeutique mais le traitement sera évidemment adapté.
V.1.2 Médicaments
Les médicaments les plus actifs dans le Myélome Multiple sont :
- les alkylants [Melphalan (Alkéran®) ou Cyclophosphamide (Endoxan®)]
- les corticoïdes (Dexaméthasone)
- le thalidomide
- le bortezomib (Velcade®)
- le lénalidomide (Revlimid®)
Il faut y ajouter les bisphosphonates [clodronate, pamidronate, acide zolédronique],
indiqués pour traiter les épisodes hypercalcémiques mais également en traitement au long
cours, associés à la chimiothérapie, pour réduire l'atteinte osseuse. Certains patients
bénéficient, pour prévenir ou traiter l'anémie, d'un traitement par l'érythropoïétine
recombinante (époïétine α ou β, darbépoïétine).
V.1.3 Indications thérapeutiques
Schématiquement, les patients les plus jeunes (< ou = 65 ans le plus souvent) font l'objet
d'un traitement intensif, reposant sur le melphalan à forte posologie, supporté par une
autogreffe de cellules souches du sang périphérique. Les patients les plus âgés reçoivent
habituellement une chimiothérapie conventionnelle dont la référence est en 2007 en France
l'association melphalan-prednisone-thalidomide.
V.2 TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE
Il est essentiel et associera de façon variable :
● Traitement de l'anémie par l'érythropoïétine recombinante ou les transfusions.
● Traitement des infections par une antibiothérapie précoce, en évitant si possible les
antibiotiques néphrotoxiques. Il n'est pas de pratique courante de prévenir les
complications infectieuses par la perfusion d'immunoglobulines polyvalentes à forte
posologie. La vaccination contre la grippe n'est pas contre-indiquée. Le recours à la
vaccination anti-pneumococcique est discuté.
● Traitement de l'ostéopathie . La chimiothérapie est en fait le plus efficace des
traitements antalgiques. L'existence des douleurs osseuses doit faire prescrire des
antalgiques en quantité suffisante, débutant par le paracétamol mais en n'hésitant
pas à utiliser les morphiniques. La radiothérapie localisée peut être indiquée sur un
foyer tumoral particulièrement douloureux ou sur un site douloureux circonscrit,
persistant malgré la chimiothérapie. Une lésion lytique à haut risque de fracture, sur
un fémur ou un humérus, pourra justifier une chirurgie orthopédique préventive
(enclouage centromédullaire), complétée par la radiothérapie localisée.
● Les épidurites et compressions médullaires sont des urgences. Il faudra faire la part,
après l'IRM et un avis neurochirurgical, entre les patients nécessitant une
laminectomie décompressive (souvent suivie d'une radiothérapie) et ceux pour
lesquels la chirurgie pourra être évitée grâce à la radiothérapie, volontiers associée à
la dexaméthasone à forte posologie.
● Traitement de l'insuffisance rénale . Elle doit être prévenue par le maintien d'une
bonne hydratation et le traitement des épisodes de déshydratation. Il faut s'abstenir
le plus possible de la prescription de drogues néphrotoxiques, prévenir et traiter les
épisodes d'hypercalcémie et les infections urinaires. L'injection de produits de
contraste iodés expose au risque d'insuffisance rénale. De rares patients devront
avoir recours à l'épuration extra-rénale.
● Traitement de l'hypercalcémie . Les épisodes hypercalcémiques sont devenus moins
fréquents, du fait de l'utilisation large des bisphosphonates. L'hypercalcémie est une
urgence thérapeutique dont le traitement repose maintenant sur l'hydradation et les
bisphosphonates.
● Traitement du syndrome d'hyperviscosité par les échanges plasmatiques
(plasmaphérèses) et la mise en route rapide du traitement hématologique spécifique.
V.3 ÉVOLUTION SOUS TRAITEMENT
L'évolution du Myélome Multiple symptomatique ne se conçoit que traitée. La réponse thérapeutique est
jugée sur la disparition des signes cliniques et la réduction des anomalies biologiques, en
particulier du taux de la protéine monoclonale sérique et/ou urinaire (critère usuel de
réponse). La réponse complète se définit par la normalisation de la moelle osseuse et la
disparition du composant monoclonal en immunofixation.
Les patients répondeurs atteignent une phase d'indolence de la maladie, dite « phase de
plateau », à des niveaux divers de masse tumorale, pendant laquelle la poursuite de la
chimiothérapie par les alkylants est inutile, voire préjudiciable (accroissement du risque de
syndrome myélodysplasique secondaire). La « phase de plateau » correspond à une
diminution de l'activité proliférante de la tumeur. De durée variable (12 à 30 mois pour la
première phase de plateau), elle est toujours suivie d'une rechute, justifiant la reprise de la
chimiothérapie. Une à quatre rechutes environ sépareront le diagnostic du décès avec, à
chaque reprise évolutive, des réponses plus rares (chimiorésistance) et plus courtes, la
dégradation de l'état osseux et la multiplication des complications. Le schéma évolutif
classique du Myélome Multiple est présenté sur la Figure 9.
Schéma évolutif classique du MYÉLOME MULTIPLE
Le MYÉLOME MULTIPLE est une affection hétérogène, avec des survies allant de quelques jours à plus de 10
ans. La médiane de survie est en 2007 probablement de 50 à 70 mois, le Myélome Multiple restant une
hémopathie presque toujours non-curable. Le terme de guérison peut être avancé avec
prudence chez de rares patients ayant reçu une allogreffe de cellules souches
hématopoïétiques. Les traitements intensifs les plus récents, utilisés chez des patients
n'ayant pas de facteurs pronostiques défavorables au diagnostic, pourraient permettre des
survies très prolongées confinant peut-être à la guérison. Les médicaments les plus
récemment introduits, thalidomide, bortezomib et lénalidomide participent de façon
importante à l'amélioration du pronostic.